A propos du spectacle "Le fulgurant"

Presse

« Cette magnifique aède du peuple d’Haïti survole les continents et les siècles pour raconter la pauvre situation des Hommes que nous sommes. À partir d’histoires venues de cette île éternellement souffrante qui subit aujourd’hui encore les séquelles de l’esclavage et du mépris de l’Homme pour l’Homme, elle nous parle de nous, d’une voix immémoriale, dans l’urgence d’un temps de crise et peut-être mortelle.

Un fabuleux monde symbolique, chargé d’éléments joyeux et furieux, d’anges de chimères et de monstres, armé de la vitalité de l’Afrique et de douce magie caraïbe. Un univers en vie, remis en vie par le souffle, porté par l’écho universel d’une légende que chacun entend, scandé par une voix unique, puissante ou murmurante, bourrée à craquer d’humour et de la force incroyable de l’amour.

Un commentaire lyrique et impitoyable qui replace l’histoire des injustices d’aujourd’hui dans le grand temps des Hommes, celui dont l’oralité porte l’écho dans le grand temps du conte, du temps où la parole agissait.

Un commentaire lyrique et impitoyable sur cette vie contemporaine ou la stupidité des vanités humaines se fracasse contre la volonté de la nature, ses démons et ses dieux, contre l’immémoriale sagesse, le sens profond de l’existence. »

 

Nicolas Roméas, Directeur de la rédaction de la revue Cassandre, Automne 2005

 

« Elle apparaît dans son costume rouille et violine aux reflets chatoyants, belle comme un coucher de soleil haïtien. A la seconde même, l’air semble se charger de ferveur. Posément elle s’assied sur son tabouret et, les yeux clos, les mains jointes, chante en créole une incantation d’une voix profonde, gospélisante. Cette seule mise en place suffit pour évoquer en nous la souffrance et la spiritualité … Nous sommes déjà soulevés quelque part ailleurs, dans le monde de l’universelle douleur.

 

Ce que suit, Mesdames, Messieurs, la Société, c’est un souffle épique d’une ampleur … wagnérienne (pardon pour le choc de cultures.) L’affrontement entre le jeune taureau Loraj Kalé et le cruel Die Flambo est d’une telle violence, d’une telle cruauté, d’une telle démesure que seules les valeurs de courage et de justice qui l’anime peuvent les justifier. Qui n’a pas vu Mimi Barthélémy pousser le cri de la guerre de sa voix de stentor en se frappant la poitrine ne sait rien du mot révolte. Et qui ne l’a pas vu gratter la terre de sa babouche dorée ne sait rien des taureaux non plus. Voilà qui est dit.

 

C’est que la Dame, toute habitée qu’elle soit pour l’histoire tragique du peuple du monde afro caribéen, fait aussi dans l’évocation malicieuse, et dans le chant suave. Quelle voix magnifique ! Deux notes et nous sommes dans les îles où l’on chante pour oublier le malheur.

Comment décrire ce que nous avons vu hier soir ? Y a-t-il des mots assez justes pour saluer la femme qui sait être Uafi le puissant, Haïti, Cuba et les esclaves de Saint-Domingue, rien que par sa seule présence, sa voix et son bâton ?

Y a-t-il des locutions pour remercier l’artiste exigeante qui ose l’épopée, genre difficile s’il en est ? A bien y réfléchir, on doit pouvoir trouver… Bravo. Ou pour faire djeune : Respect. »

 

Véronique Serer, rédactrice de Sésame, la Gazette du Festival du conte des Alpes Maritimes, Juillet 2006

 
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